La déféroxamine, un agent chélateur du fer, a été développée dans les années 1960 et approuvée pour un usage médical dans les années 1970. Son histoire est marquée par son efficacité dans le traitement de la surcharge en fer aiguë et chronique, en particulier chez les patients atteints de thalassémie majeure et d'autres anémies transfusion-dépendantes. Ce médicament agit en se liant à l'excès de fer et en facilitant son excrétion, réduisant ainsi le risque de lésions organiques dues à l'accumulation de fer. Bien que généralement efficace, l'administration sous-cutanée ou intraveineuse de la déféroxamine, ainsi que ses effets indésirables potentiels notamment l'ototoxicité, les troubles visuels et les réactions allergiques ont nécessité une surveillance attentive. Son développement a inclus des protocoles d'accès précoce pour les patients souffrant d'une surcharge en fer sévère, garantissant une observation étroite de son efficacité et de sa sécurité ; elle demeure aujourd'hui un pilier de la thérapie par chélation du fer, souvent utilisée en association avec d'autres chélateurs.
NOMS COMMERCIAUX
1. Desferal – la marque la plus largement utilisée pour l'administration intraveineuse ou sous-cutanée.
2. Desferal pour injection – utilisé en milieu hospitalier pour la surcharge en fer aiguë.
MÉCANISME D'ACTION
La déféroxamine est un chélateur du fer à haute affinité qui se lie au fer libre présent dans le sang et les tissus, formant ainsi un complexe stable appelé ferrioxamine. Ce complexe est hydrosoluble et est principalement excrété par les urines et, dans une moindre mesure, par la bile, permettant ainsi l'élimination de l'excès de fer de l'organisme. En se liant au fer libre, la déféroxamine empêche ce dernier de catalyser la formation de radicaux libres nocifs, réduisant par conséquent les dommages oxydatifs infligés à des organes tels que le cœur, le foie et les glandes endocrines.
PHARMACOCINÉTIQUE
Absorption
La déféroxamine est faiblement absorbée par voie orale, ce qui limite son utilisation par la voie gastro-intestinale. Elle est donc administrée par voie parentérale, soit par voie intraveineuse (IV), soit par voie sous-cutanée (SC), afin d'atteindre des concentrations systémiques thérapeutiques.
Distribution
La déféroxamine présente un volume de distribution (Vd) relativement faible, d'environ 0,2 à 0,3 L/kg, ce qui indique qu'elle reste largement confinée au liquide extracellulaire plutôt que de se distribuer de manière extensive dans les tissus. Sa distribution est suffisante pour atteindre les compartiments plasmatiques et interstitiels, où elle se lie au fer libre ainsi qu'au fer faiblement lié.
Métabolisme
La déféroxamine subit un métabolisme limité au sein de l'organisme. Une fois qu'elle se lie au fer pour former le complexe ferrioxamine, ce dernier est majoritairement excrété sous forme inchangée dans les urines, avec une biotransformation hépatique minime.
Élimination
La déféroxamine est principalement éliminée par voie rénale après s'être liée au fer pour former le complexe ferrioxamine, qui est excrété dans les urines. Une petite fraction du médicament peut également être excrétée dans la bile et les fèces.
PHARMACODYNAMIE
La déféroxamine agit comme un puissant chélateur du fer, se liant sélectivement au fer libre et faiblement lié présent dans le sang et les tissus pour former un complexe stable et hydrosoluble appelé ferrioxamine. Cette chélation empêche le fer de participer aux réactions de Fenton, lesquelles génèrent des radicaux libres nocifs susceptibles d'endommager des organes tels que le cœur, le foie et les glandes endocrines.
ADMINISTRATION
La déféroxamine est administrée par voie parentérale : par voie intraveineuse (IV), intramusculaire (IM) ou sous-cutanée (SC), car elle est mal absorbée par voie orale. En cas d'intoxication aiguë au fer, elle est généralement administrée par perfusion IV lente afin d'assurer une chélation rapide et l'élimination de l'excès de fer. En cas de surcharge chronique en fer comme dans la thalassémie transfusion-dépendante, elle est couramment administrée par voie sous-cutanée, sous forme de perfusion continue sur une durée de 8 à 12 heures, souvent à l'aide d'une pompe à perfusion portable utilisée durant la nuit.
POSOLOGIE ET DOSAGE
La déféroxamine est disponible sous forme de préparations injectables, généralement conditionnées en flacons contenant 500 mg ou 1 g de mésylate de déféroxamine à reconstituer. En cas d'intoxication aiguë au fer, la posologie habituelle est de 15 mg/kg/heure, administrée par perfusion intraveineuse lente ; elle est ajustée en fonction de la gravité de l'intoxication et de la réponse du patient, sous surveillance étroite des taux de fer et des signes vitaux.
INTERACTIONS MÉDICAMENTEUSES
La déféroxamine peut interagir avec des médicaments susceptibles d'altérer la fonction rénale ou le métabolisme du fer. L'utilisation concomitante d'autres chélateurs du fer peut accroître le risque de surchélation et de déplétion en fer, nécessitant une surveillance attentive. La co-administration d'antiacides contenant de l'aluminium peut réduire l'efficacité de la déféroxamine par la formation de complexes insolubles. Les médicaments altérant la fonction rénale tels que les aminosides ou le cisplatine peuvent augmenter le risque de toxicité en raison d'une réduction de la clairance des complexes déféroxamine-fer.
INTERACTIONS ALIMENTAIRES
La déféroxamine présente des interactions directes minimes avec les aliments, car elle est administrée par voie parentérale et n'est pas absorbée par voie orale. Toutefois, l'apport alimentaire en fer peut influencer l'efficacité du traitement : un apport alimentaire élevé en fer ou la prise de suppléments de fer par voie orale n'interfèrent pas de manière significative avec la déféroxamine si celle-ci est administrée par voie parentérale ; le suivi du statut martial demeure néanmoins important pour guider la posologie.
CONTRE-INDICATIONS
La déféroxamine est contre-indiquée chez les patients présentant une hypersensibilité connue à la déféroxamine ou à l'un des composants de sa formulation. Elle ne doit pas être utilisée chez les patients souffrant d'insuffisance rénale sévère, à moins que les bénéfices ne l'emportent sur les risques, car une altération de la fonction rénale peut entraîner une accumulation de complexes déféroxamine-fer et une toxicité.
EFFETS SECONDAIRES
1. Ils peuvent être légers (par ex. nausées, maux de tête, somnolence) ou sévères (par ex. lésions organiques, réaction allergique).
2. Ils peuvent survenir immédiatement ou après une utilisation à long terme.
3. Ils peuvent varier d'un individu à l'autre en fonction de l'âge, de l'état de santé et de la génétique.
4. Ils peuvent être prévisibles (connus grâce aux essais cliniques) ou rares/inattendus.
5. Ils peuvent nécessiter un ajustement de la posologie, un traitement alternatif ou l'arrêt du traitement.
SURDOSAGE
Un surdosage survient lorsqu'une personne prend une dose supérieure à la dose recommandée d'un médicament, d'une substance médicamenteuse ou d'une autre substance. Il peut se produire accidentellement en raison d'une mauvaise lecture des instructions ou de l'oubli d'une dose précédente ou intentionnellement, dans des cas d'automutilation. Un surdosage peut provoquer un large éventail de symptômes, notamment des nausées, des vomissements, des vertiges, une confusion, des convulsions, des difficultés respiratoires et même une perte de conscience.
TOXICITÉ
La déféroxamine est un agent chélateur du fer utilisé pour traiter la surcharge en fer ; toutefois, une utilisation excessive ou l'administration de doses élevées peut entraîner une toxicité. La toxicité aiguë est rare, mais elle peut provoquer une hypotension, des réactions allergiques ou un état de choc si le produit est administré par voie intraveineuse trop rapidement. Un traitement à long terme peut affecter les yeux et les oreilles, entraînant des troubles visuels, des altérations rétiniennes, une perte auditive ou des acouphènes. D'autres effets secondaires peuvent inclure de la fièvre, une éruption cutanée, des nausées et des réactions locales aux sites d'injection. La toxicité peut être minimisée en administrant la dose appropriée, en évitant les perfusions intraveineuses rapides et en surveillant les fonctions oculaires et auditives des patients au cours d'un traitement prolongé.