Le colistiméthate sodique est une prodrogue antibiotique de la colistine, utilisée dans le traitement des infections bactériennes sévères à Gram négatif multirésistantes, en particulier lorsque les autres antibiotiques se révèlent inefficaces. Son développement clinique et son usage moderne ont pris une importance particulière avec la recrudescence des infections nosocomiales causées par des organismes résistants tels que  Pseudomonas aeruginosa, Acinetobacter baumannii et les Enterobacterales résistantes aux carbapénèmes. Contrairement à de nombreux antibiotiques plus anciens, le colistiméthate sodique a retrouvé une importance clinique au cours des dernières décennies en raison de la crise mondiale de la résistance aux antimicrobiens, ce qui a conduit à sa réintroduction et à une utilisation accrue et contrôlée dans les services de soins intensifs.

NOMS COMMERCIAUX

  • Colomycin

  • Coly-Mycin M

  • Colistin Injection

MÉCANISME D'ACTION

Le colistiméthate sodique est une prodrogue inactive qui est convertie in vivo en colistine (polymyxine E). Le principe actif agit principalement sur la membrane externe des bactéries à Gram négatif en se liant aux lipopolysaccharides (LPS) et aux phospholipides. Cette liaison déplace les ions calcium et magnésium qui assurent la stabilisation de la membrane bactérienne, entraînant ainsi une altération de l'intégrité membranaire.

PHARMACOCINÉTIQUE

Absorption

Le colistiméthate sodique est faiblement absorbé par le tractus gastro-intestinal ; il n'est donc pas efficace par voie orale pour le traitement des infections systémiques. Par conséquent, il est administré par voie parentérale (intraveineuse ou intramusculaire) pour les infections systémiques, ou par inhalation pour les infections des voies respiratoires.

Distribution

Le colistiméthate sodique présente un volume de distribution relativement faible à modéré, ce qui indique une pénétration limitée dans certains tissus après une administration systémique. Le médicament se distribue principalement dans les compartiments liquidiens extracellulaires, atteignant de bonnes concentrations dans le sérum, les reins et les poumons (en particulier lors d'une administration par inhalation).

Métabolisme

Le colistiméthate sodique est une prodrogue inactive qui subit une hydrolyse lente et non enzymatique in vivo pour former le composé actif, la colistine (polymyxine E). Cette conversion s'effectue dans le plasma et les tissus, et non par l'intermédiaire d'un système enzymatique hépatique spécifique.

Élimination

Le colistiméthate sodique est éliminé principalement par voie rénale. Une part importante est excrétée dans les urines, sous la forme de la prodrogue inchangée ainsi que sous celle de sa forme active, la colistine. Étant donné que la clairance rénale constitue la principale voie d'élimination, une accumulation du médicament peut survenir chez les patients présentant une insuffisance rénale, nécessitant un ajustement de la posologie afin d'éviter toute toxicité.

PHARMACODYNAMIE

Le colistiméthate sodique est une prodrogue inactive qui est convertie en colistine ; cette dernière exerce un effet bactéricide rapide et dépendant de la concentration à l'encontre des bactéries à Gram négatif. Le principe actif se fixe aux lipopolysaccharides (LPS) et aux phospholipides présents dans la membrane externe des bactéries, déplaçant ainsi les ions calcium et magnésium qui assurent la stabilisation de cette membrane.

ADMINISTRATION

Le colistiméthate sodique est administré principalement en milieu hospitalier pour le traitement des infections sévères à bactéries à Gram négatif multirésistantes. Il est administré par perfusion intraveineuse (IV) pour le traitement des infections systémiques, telles que la septicémie et les pneumonies nosocomiales. Chez les patients souffrant d'infections respiratoires, il peut également être administré par inhalation (nébulisation) afin d'atteindre des concentrations locales élevées au niveau pulmonaire.

POSOLOGIE ET ​​DOSAGE

Le colistiméthate sodique est conditionné en flacons dont le dosage est exprimé en unités internationales (UI) ou en activité de base colistine (ABC), selon la formulation et le fabricant. La posologie varie en fonction de la gravité et du site de l'infection, de la voie d'administration ainsi que de la fonction rénale du patient.

INTERACTIONS MÉDICAMENTEUSES

Le colistiméthate sodique présente des interactions cliniquement significatives, principalement liées à sa néphrotoxicité et à sa neurotoxicité. L'utilisation concomitante d'autres médicaments néphrotoxiques tels que les aminosides, la vancomycine, l'amphotéricine B ou les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peut augmenter de manière significative le risque d'atteinte rénale.

INTERACTIONS ALIMENTAIRES

Le colistiméthate sodique ne présente aucune interaction alimentaire cliniquement significative, car il n'est pas administré par voie orale en vue d'une absorption systémique. Il étant administré par voie intraveineuse ou par inhalation, l'alimentation n'a aucune incidence sur son absorption, sa distribution ou son efficacité. Les patients sous traitement par ce médicament n'ont pas besoin de suivre de restrictions alimentaires particulières liées à son utilisation.

CONTRE-INDICATIONS

Le colistiméthate sodique est contre-indiqué chez les patients présentant une hypersensibilité connue au colistiméthate sodique, à la colistine ou à d'autres antibiotiques de la famille des polymyxines. Il ne doit pas être utilisé chez les sujets atteints de myasthénie grave, car il est susceptible d'aggraver le blocage neuromusculaire et d'entraîner une dépression respiratoire.

EFFETS INDÉSIRABLES

  • Néphrotoxicité (effet le plus important)

  • Augmentation de la créatininémie

  • Lésion rénale aiguë

  • Diminution du débit urinaire.

 SURDOSAGE

Un surdosage en colistiméthate sodique peut entraîner une toxicité grave et dose-dépendante, affectant principalement les reins et le système nerveux. Les manifestations les plus importantes comprennent une néphrotoxicité sévère, telle qu'une lésion rénale aiguë, une élévation marquée de la créatininémie, une oligurie et une éventuelle insuffisance rénale.

TOXICITÉ

Le colistiméthate sodique possède un index thérapeutique étroit ; sa toxicité est principalement liée à une néphrotoxicité et une neurotoxicité dose-dépendantes. La néphrotoxicité constitue l'effet toxique le plus significatif et peut se manifester par des lésions tubulaires aiguës, une augmentation de la créatininémie, une diminution du débit de filtration glomérulaire et, dans les cas sévères, une insuffisance rénale aiguë.