Le bromure de pancuronium est un agent bloquant neuromusculaire non dépolarisant à longue durée d'action, introduit dans les années 1960 et largement utilisé en anesthésie pour faciliter l'intubation endotrachéale et assurer une relaxation des muscles squelettiques au cours des interventions chirurgicales et de la ventilation mécanique. Son histoire est marquée par son efficacité à induire une paralysie musculaire prolongée, mais aussi par des effets indésirables cardiovasculaires tels que la tachycardie et l'hypertension, dus à son activité vagolytique. Le pancuronium agit en bloquant de manière compétitive l'acétylcholine au niveau des récepteurs nicotiniques de la jonction neuromusculaire, empêchant ainsi la dépolarisation et entraînant une paralysie flasque. Il a été largement remplacé, dans certains contextes, par des agents plus récents présentant des profils de sécurité plus favorables, mais il conserve une place importante dans des applications spécifiques en anesthésie et en soins intensifs.
NOMS COMMERCIAUX
Pavulon (marque la plus connue)
Pancuron (utilisé dans certaines régions)
Pavulon Injection (formulations hospitalières)
MÉCANISME D'ACTION
Le bromure de pancuronium est un agent bloquant neuromusculaire non dépolarisant. Il agit en se liant de manière compétitive aux récepteurs nicotiniques de l'acétylcholine (Nm) situés sur la plaque motrice de la jonction neuromusculaire. En empêchant la fixation de l'acétylcholine, il prévient la dépolarisation de la membrane musculaire, inhibant ainsi la transmission neuromusculaire.
PHARMACOCINÉTIQUE
Absorption :
Le bromure de pancuronium étant administré par voie intraveineuse, sa biodisponibilité est de 100 %. Le délai d'action est de 2 à 3 minutes après l'injection IV, ce qui le rend adapté à l'obtention d'une relaxation musculaire rapide au cours de l'anesthésie.
Distribution :
Le pancuronium présente un volume de distribution d'environ 0,2 à 0,3 L/kg, ce qui indique une pénétration tissulaire limitée. Il est modérément lié aux protéines plasmatiques (environ 20 à 30 %). Il ne traverse pas de manière significative la barrière hémato-encéphalique ni le placenta sous sa forme active.
Métabolisme :
Le médicament subit un métabolisme hépatique partiel, produisant du 3-hydroxypancuronium, un métabolite qui conserve une certaine activité bloquante neuromusculaire. La fonction hépatique peut influencer la durée d'action.
Élimination :
Le pancuronium est éliminé principalement par voie rénale (environ 60 à 80 %), le médicament sous forme inchangée ainsi que ses métabolites étant excrétés dans les urines. La fraction restante est excrétée par la bile. Sa demi-vie varie de 1,5 à 2,5 heures, mais cette durée peut être prolongée en cas d'insuffisance rénale.
PHARMACODYNAMIQUE
Le bromure de pancuronium est un curare non dépolarisant qui agit en inhibant de manière compétitive l'acétylcholine au niveau des récepteurs nicotiniques (Nm) de la jonction neuromusculaire. Cela empêche la dépolarisation de la plaque motrice terminale, entraînant une paralysie flasque des muscles squelettiques. Ses effets n'incluent ni l'analgésie ni la sédation. Le blocage peut être antagonisé à l'aide d'inhibiteurs de l'acétylcholinestérase, tels que la néostigmine, qui augmentent les taux d'acétylcholine au niveau de la synapse.
ADMINISTRATION
Le bromure de pancuronium est administré exclusivement par voie intraveineuse. Il est utilisé en anesthésie générale, pour l'intubation endotrachéale et pour la ventilation mécanique en milieu de soins intensifs. Il doit être administré par des professionnels de santé qualifiés, disposant du matériel nécessaire à la prise en charge des voies respiratoires.
POSOLOGIE ET CONCENTRATION
La dose d'intubation habituelle chez l'adulte est de 0,06 à 0,1 mg/kg IV, avec des doses d'entretien de 0,01 à 0,02 mg/kg selon les besoins. Les effets peuvent durer de 60 à 90 minutes, voire plus, selon la dose et l'état du patient. Un ajustement posologique est nécessaire en cas d'insuffisance rénale.
INTERACTIONS MÉDICAMENTEUSES
Les effets du pancuronium peuvent être potentialisés par les antibiotiques aminosides, les sels de magnésium, les anesthésiques volatils et d'autres curares. Son action peut être atténuée par les agents anticholinestérasiques ou par certains anticonvulsivants en cas d'utilisation chronique. Une surveillance attentive est requise lors d'une anesthésie combinée.
CONTRE-INDICATIONS
Les contre-indications incluent une hypersensibilité connue au pancuronium ainsi que les situations où la ventilation mécanique n'est pas disponible. Il doit être utilisé avec prudence chez les patients présentant une insuffisance rénale, un déséquilibre électrolytique ou des troubles neuromusculaires.
EFFETS INDÉSIRABLES
Les effets fréquents et cliniquement significatifs comprennent une paralysie musculaire prolongée, une tachycardie, une hypertension et de légères réactions liées à l'histamine (rares). Il peut également provoquer une augmentation de la salivation ou des sécrétions bronchiques chez certains patients.
SURDOSAGE
Un surdosage en bromure de pancuronium entraîne un blocage neuromusculaire excessif et prolongé, conduisant à une paralysie sévère des muscles squelettiques y compris les muscles respiratoires ce qui peut provoquer une apnée et une insuffisance respiratoire. Les patients restent conscients mais sont incapables de bouger ou de respirer sans assistance. Des effets cardiovasculaires, tels qu'une tachycardie et une hypertension, peuvent également être observés en raison de son action vagolytique.
TOXICITÉ
La toxicité du pancuronium est principalement liée à un blocage neuromusculaire prolongé ou excessif, entraînant une paralysie des muscles respiratoires et une apnée. Des effets cardiovasculaires, tels que la tachycardie et l'hypertension, peuvent également survenir en raison d'une activité vagolytique. Le traitement repose sur une assistance ventilatoire mécanique et une réversion à l'aide d'inhibiteurs de l'acétylcholinestérase (par ex. la néostigmine), associée à une protection anticholinergique (par ex. l'atropine).