L'atomoxétine, un médicament non stimulant utilisé pour traiter le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), a été développée dans les années 1990 et approuvée pour un usage médical au début des années 2000. Son histoire est marquée par son efficacité dans la gestion des symptômes du TDAH, en particulier chez les patients ne répondant pas bien aux médicaments stimulants, ainsi que par des préoccupations concernant d'éventuels effets secondaires, tels qu'une augmentation de la pression artérielle et de rares réactions psychiatriques. L'atomoxétine, un inhibiteur sélectif de la recapture de la noradrénaline (ISRN), a été approuvée aux États-Unis en 2002 et est largement utilisée en monothérapie pour le TDAH. Son développement a inclus de vastes essais cliniques visant à évaluer sa sécurité et son efficacité, ainsi qu'une surveillance post-commercialisation pour suivre ses effets à long terme.
NOMS COMMERCIAUX
Strattera – la marque originale et la plus largement utilisée (par Eli Lilly and Company)
Axetra – couramment disponible en Inde
Attentin – utilisé dans certaines régions
Tomoxetin – une autre marque internationale
MÉCANISME D'ACTION
L'atomoxétine agit comme un inhibiteur sélectif de la recapture de la noradrénaline en bloquant le transporteur de la noradrénaline dans le cerveau, ce qui augmente la disponibilité de la noradrénaline dans la fente synaptique. Cette activité accrue de la noradrénaline, en particulier dans le cortex préfrontal, améliore l'attention, la concentration et le contrôle de l'impulsivité chez les individus atteints de TDAH. De plus, l'atomoxétine augmente indirectement les niveaux de dopamine dans cette région sans affecter de manière significative les voies de la récompense ; elle s'avère ainsi efficace tout en présentant un risque d'abus moindre par rapport aux médicaments stimulants.
PHARMACOCINÉTIQUE
Absorption
L'atomoxétine est bien absorbée après administration orale, les concentrations plasmatiques maximales étant généralement atteintes en 1 à 2 heures. Elle présente une biodisponibilité orale élevée, bien que celle-ci puisse varier en fonction des différences métaboliques individuelles, notamment en raison de variations génétiques au niveau des enzymes hépatiques telles que le CYP2D6. L'alimentation n'affecte pas de manière significative l'importance de l'absorption, bien qu'elle puisse légèrement retarder le moment où la concentration maximale est atteinte. Dans l'ensemble, le profil d'absorption de l'atomoxétine permet de maintenir des taux thérapeutiques constants grâce à une posologie régulière.
Distribution
L'atomoxétine est largement distribuée dans l'ensemble de l'organisme après son absorption. Elle est fortement liée aux protéines plasmatiques (environ 95 à 98 %), principalement à l'albumine, ce qui contribue à maintenir des taux circulants stables du médicament. L'atomoxétine traverse aisément la barrière hémato-encéphalique, ce qui lui permet d'exercer ses effets thérapeutiques au sein du système nerveux central. Son volume de distribution témoigne d'une large diffusion tissulaire, favorisant une action efficace dans des régions cérébrales telles que le cortex préfrontal, impliquées dans l'attention et la régulation comportementale.
Métabolisme
L'atomoxétine est principalement métabolisée dans le foie par l'enzyme CYP2D6. Elle est convertie en un métabolite actif, la 4-hydroxyatomoxétine, qui est ensuite transformée en formes inactives. La vitesse de métabolisation varie selon les individus en raison de différences génétiques liées au CYP2D6, entraînant des concentrations plasmatiques plus élevées et une durée d'action prolongée chez les métaboliseurs lents par rapport aux métaboliseurs normaux.
Élimination
L'atomoxétine est principalement éliminée par voie urinaire, sous forme majoritaire de métabolites inactifs produits dans le foie. La demi-vie de l'atomoxétine varie en fonction du métabolisme lié au CYP2D6 : elle est d'environ 5 heures chez les métaboliseurs rapides et de 20 heures chez les métaboliseurs lents, ce qui influe sur la fréquence d'administration. De faibles quantités de substance inchangée sont également excrétées dans les urines.
PHARMACODYNAMIQUE
L'atomoxétine agit en inhibant sélectivement la recapture de la noradrénaline au sein du système nerveux central, augmentant ainsi sa disponibilité dans la fente synaptique. Cette augmentation de la signalisation noradrénergique dans le cortex préfrontal améliore l'attention, les fonctions exécutives et le contrôle des impulsions chez les patients atteints de TDAH. L'atomoxétine augmente également de manière indirecte les taux de dopamine dans le cortex préfrontal, sans toutefois affecter de manière significative les voies dopaminergiques striatales ; cela réduit son potentiel d'abus par rapport aux médicaments stimulants. Ses effets pharmacodynamiques se manifestent progressivement, nécessitant souvent plusieurs semaines d'administration régulière pour obtenir le plein bénéfice thérapeutique.
ADMINISTRATION
L'atomoxétine est administrée par voie orale sous forme de gélules. Elle peut être prise au cours ou en dehors des repas, bien que la prise avec de la nourriture puisse atténuer les troubles gastriques. La posologie habituelle est d'une ou deux prises par jour, selon le poids du patient et sa réponse au traitement ; chez les enfants et les adolescents, la dose quotidienne totale est souvent calculée en fonction du poids corporel (mg/kg). Une administration quotidienne régulière est essentielle pour maintenir des concentrations thérapeutiques stables ; des ajustements posologiques peuvent s'avérer nécessaires chez les patients présentant une insuffisance hépatique ou chez ceux classés comme métaboliseurs lents du CYP2D6.
POSOLOGIE ET DOSAGE
L'atomoxétine est disponible sous forme de gélules, avec des dosages allant de 10 mg à 100 mg. Chez les enfants et les adolescents, la dose habituelle est de 0,5 à 1,2 mg/kg/jour, administrée une ou deux fois par jour, avec une titration progressive en fonction de la réponse clinique et de la tolérance. Les adultes débutent généralement à 40 mg/jour ; cette dose peut être augmentée à 80 mg/jour après quelques jours, certains patients nécessitant jusqu'à 100 mg/jour pour obtenir un effet optimal. Des ajustements posologiques peuvent s'avérer nécessaires en fonction du poids corporel, de la fonction hépatique et du statut métaboliseur du CYP2D6, afin de garantir un traitement sûr et efficace.
INTERACTIONS MÉDICAMENTEUSES
L'atomoxétine est principalement métabolisée par l'enzyme CYP2D6 ; par conséquent, les inhibiteurs de cette enzyme (tels que la fluoxétine ou la paroxétine) peuvent en augmenter les taux plasmatiques. Elle ne doit pas être utilisée conjointement avec des inhibiteurs de la MAO (IMAO) et peut entraîner une augmentation de la pression artérielle ou de la fréquence cardiaque en cas d'association avec d'autres médicaments sympathomimétiques.
INTERACTIONS ALIMENTAIRES
L'atomoxétine peut être prise avec ou sans nourriture, car l'alimentation n'affecte pas de manière significative son absorption. La prise du médicament au cours des repas peut atténuer les troubles gastriques ; toutefois, aucune restriction alimentaire majeure ni aucune interaction significative n'a été signalée.
CONTRE-INDICATIONS
L'atomoxétine est contre-indiquée chez les patients présentant une hypersensibilité au produit, une utilisation concomitante ou récente d'inhibiteurs de la MAO (IMAO), un glaucome à angle fermé ou des troubles cardiovasculaires sévères. La prudence est de mise chez les patients souffrant de troubles psychiatriques, d'insuffisance hépatique ou présentant un statut de métaboliseur lent du CYP2D6.
EFFETS INDÉSIRABLES
Effets indésirables fréquents :
Nausées et vomissements
Diminution de l'appétit
Fatigue
Étourdissements
Sécheresse buccale
Troubles du sommeil
Effets cardiovasculaires :
Augmentation de la fréquence cardiaque
Légère élévation de la pression artérielle
Effets indésirables rares mais graves :
Lésions hépatiques
Idées suicidaires (en particulier chez les enfants et les adolescents)
Événements cardiovasculaires graves
TOXICITÉ
La toxicité liée à l'atomoxétine est rare, mais elle peut survenir en cas de surdosage. Les symptômes peuvent inclure : somnolence, vomissements, tachycardie, hypertension, tremblements et agitation. Les cas sévères peuvent évoluer vers un coma, des convulsions ou des complications cardiovasculaires. Le traitement est essentiellement symptomatique et comprend la surveillance des signes vitaux, la décontamination gastrique si elle est précoce, et la prise en charge des symptômes cardiovasculaires ou neurologiques. Il n'existe pas d'antidotve spécifique en cas de surdosage d'atomoxétine.